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L’ennoblissement

Temps de lecture estimé : 4 minutes

Ennoblissement ou apprêtage, de quoi parle-t-on exactement ?

Contrairement à l’idée reçue, un textile tout juste tissé sur le métier à tisser n’est pas encore parfaitement prêt à être utilisé comme tel. Souvent contraint pas le tissage, le tissu sortant est brut d’aspect et mérite un petit traitement de faveur.
L’apprêtage ou ennoblissement, un institut de soin du tissu ? On vous dévoile tout !

Le rôle de l'apprêteur·euse

Leur rôle est de diriger une petite unité industrielle, composée de plusieurs machines qui ont chacune un rôle bien spécifique : assouplir, défroisser, teindre, gratter, cirer, imprimer, ignifuger, stabiliser, froncer, etc. Les usines d’ennoblissement sont des entreprises industrielles indépendantes, elles ne vont pas toutes proposer les mêmes prestations.
De notre côté, nous sommes allées rendre visite à l’ennoblisseur Ferrié, qui s’occupe de pomponner nos chers draps de laine.

Les étapes de mise en plis... oups, d'ennoblissement !

Patrice Ferrié est le directeur actuel de l’entreprise. Il a repris la direction de son père Jean, le fondateur en 1971. Il y travaille depuis le tout début, soit 52 ans ! Sa fille Emilie va lui succéder prochainement. Si elle ne reprend pas l’affaire familiale, cela annoncera sûrement la fermeture de cette petite entreprise.
Aujourd’hui et depuis un petit moment déjà, la filière textile est très fragile. Souvent construites sur un système intergénérationnel, les reprises sont difficiles, les moyens de formations quasi-inexistantes. La relocalisation textile n’est pas une simple affaire, et nombreuses sont les petites structures qui souffrent encore trop d’un contexte économique difficile pour pouvoir survivre… L’usine compte actuellement une petite équipe de neuf personnes, direction comprise, contre une cinquantaine d’employé·e·s dans les années 80.

Dans un premier temps, ils et elles réceptionnent les rouleaux de tissus des tisserand·e·s partenaires. La première étape obligatoire est d’assouplir le tissu trop rigide, notamment ceux tissés à partir de fibres naturelles. Les fibres naturelles sont de deux types : végétales ou animales. Même si elles relèvent du milieu du Vivant, leurs caractéristiques de fibres ne sont pas tout à fait identiques. Il faut donc deux machines distinctes.

La machine qui foulonne

À destination de la laine, elle va «foulonner» le tissu par l’action unique de la chaleur dégagée par la fibre, contrainte à une certaine pression donnée. Le tissu préalablement mouillé va passer à l’aide de rouleaux dans des « joues », sorte de portes battantes qui vont s’ouvrir et se fermer sur le tissu. La chaleur dégagée par la laine peut monter jusqu’à 30° ! Qui doute encore de l’action chauffante de celle-ci après cette information ? 😉

Cette première étape permet de donner une certaine tenue au tissu. Il peut être plus ou moins foulonné.

La machine à tambour

À destination du coton, du chanvre ou du lin, ce tambour sec va assouplir le tissu en cassant la fibre. Elle est composée uniquement d’une souffleuse d’air chaud et d’un rouleau/tambour qui va taper le tissu préalablement mouillé au fur et à mesure de son passage.

Les étapes qui vont suivre ne sont pas obligatoires, elles interviennent en fonction du souhait de finitions choisies par les client·e·s.

La machine qui aspire

À destination des tissus très froissables, cette machine aspire la matière pour un défroissage impeccable.

La machine qui décatit

Le décatissage va permettre de fixer le tissu et lui donner un toucher plat et agréable. Le tissu passe dans une succession de rouleaux et de la vapeur est envoyée. La fibre en ressort plus tassée et souple encore. Cette étape est importante, car elle permet de stabiliser les fibres dans un sens donné, et donc d’éviter toute action de rétrécissement par la suite : c’est une garantie pour éviter toute mauvaise surprise !

La machine qui gratte

Cette machine ressemble à une énorme cardeuse (utilisée en filature). Elle est composée de plusieurs rouleaux à picots métalliques, appelés poils et contrepoils, un vrai rebrousse-poil ! Comme leur nom l’indique, leur inclinaison est différente : certains vont attraper le tissu, d’autres vont gratter la surface du tissu.
Est-ce que vous vous souvenez de la couverture un peu fluffy de vos grands-parents ? et bien elle a très certainement été grattée pour avoir cet aspect tout doux. 👵

La machine qui sèche

Le séchoir est sans hésitation la plus imposante de tout le bâtiment ! Elle doit être en capacité de dérouler presque la totalité d’un rouleau de tissu, elle est donc très longue. Ses nombreux rouleaux permettent au tissu de suivre un parcours spécifique dans la machine. Il en ressort bien sec au bout !

La machine KD

Elle est composée de plusieurs rouleaux, qui vont avoir une fonction de presse à tissu. Cette technique va apporter souplesse mais surtout brillance ! Par un principe mécanique simple de forte pression, le tissu obtient un aspect ciré et résistant qu’on adore.

Plus généralement

Comme vous l’aurez compris, il existe un panel de techniques, toutes spécifiques à chaque entreprise.
Certaines d’entre elles proposent par exemple le travail du velours côtelé, qui est une étape entre le tissage et l’ennoblissement. À l’aide de machines dites « ouvreuses », les fils sont coupés par rangées, puis grattés afin d’obtenir ces fameuses côtes de velours.
D’autres vont être spécialisées dans des textiles très techniques (Aviation, ferroviaire…), ou encore dans les matières naturelles, les fibres synthétiques, ou les deux.
Mais de toutes ces techniques, il faut surtout retenir que les deux types d’apprêts classiques sont chimiques et/ou mécaniques. Si vous souhaitez aller plus loin dans les caractéristiques précises de ces processus textiles, nous vous conseillons de faire un tour sur l’article de Textileaddict qui l’explique très bien !

Dernière vérification des yeux et mains expertes et hop, le tissu est prêt à partir pour la confection d’un manteau FACTO en laines locales !

Image 1 : Machine à fouler à cylindres en 1874. Turgan : les grandes usines, tome V. Collection JPH Azéma.

2 Comments

  • Lebel

    ,
    8 janvier 2024 @ 14h36

    Merci pour les explications. C’est passionnant et je ne connaissais pas l’existence de ces techniques pour obtenir un rendu de tissus . A faire encore plus connaître !

    • Anna

      ,
      8 janvier 2024 @ 15h16

      Eh oui ! La chaîne de confection d’un vêtement est bien longue, beaucoup de petites mains sont invisibilisées et pourtant essentielles. Avec plaisir et merci pour votre retour, nous sommes contentes que cet article vous permette d’en savoir un peu plus. 😉

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