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Valoriser les laines locales à plusieurs

S’associer à plusieurs éleveurs.euses pour valoriser les laines locales

[Texte issu de la table ronde numérique du 25 novembre 2021 organisée par Laines Paysannes dans le cadre de la campagne « #laines locales »]. Visionner la table ronde.

Valoriser les laines locales est notre principale vocation, et ce fut notre première motivation pour initier la campagne #laineslocales. Notre objectif est de diffuser et faire connaitre ces laines dans leur diversité en donnant la parole à différents « professionnels.les » ou usagers des laines locales. Impliqués.ées dans un réseau et convaincus.es qu’à plusieurs on va plus loin, nous avons souhaité fédérer différents.es acteurs.trices et/ou initiatives autour de cette campagne pour contribuer à construire une filière laine créative et multiple et enrichir le débat. Laines Paysannes en tant qu’acteur de la filière laine se positionne comme initiateur de la démarche.

Nous interrogeons dans cette table ronde des éleveurs.euses qui valorisent leur laine car nous pensons qu’il est essentiel de donner la parole à celles et ceux qui produisent la matière première. La coopération est également pour nous un élément essentiel que nous avons voulu mettre à l’honneur.

Intervenantes : Jennifer Benoit (Association Mérilainos) et Marie Diemert (Association La Sarriette).

Jeudi 25 novembre 2021 – 12h

L’association La Sariette, représentée par Marie Diemert, regroupe une douzaine d’éleveurs.euses* de brebis Mérinos, Noires du Velay, Mourerous, et Caussenardes des garrigues dans le Sud-est de la France (Drome, Gard, Ardèche), regroupés.ées pour valoriser les laines de leurs troupeaux.

Chaque éleveur vend sa laine à l’association qui prend en charge tous les coûts de production. Bénévolement les éleveuses se chargent, au sein de l’association, de la récolte, du tri, de l’organisation de la transformation et de la commercialisation. Organisés en gouvernance collégiale, ils décident ensemble des produits souhaités pour l’année : chaussettes, semelles, couettes, feutre… Pendant la période de tonte, qui s’étale de janvier à mai, les éleveurs trient eux même la laine. Celle-ci est envoyée au lavage au mois de mai avant d’être filée à l’automne. Les éleveuses récupèrent leurs produits qu’au printemps suivant, soit un an plus tard.

L’association Mérilainos, représentée par Jennifer Benoit, est composée de 20 éleveurs de Mérinos situés dans le quart sud-est de la France.  Ils se sont rassemblés, pour valoriser les laines locales, autour d’une charte qui garantit la pratique d’un élevage pastoral de dimension familiale, le respect des animaux et de l’environnement. Ce sont 5 T de laine par an qu’ils trient eux-mêmes à la main (de février à mai) et qu’ils font transformer à Biela the Wool Company en Italie au mois de décembre. Chaque éleveur décide, en fonction des quantités récoltées sur son troupeau, des produits qu’il souhaite réceptionner et vendre à l’issue de la transformation au mois de mai (soit un an plus tard). Une partie de la laine est vendue collectivement à des professionnels.

Au sein des deux collectifs, une attention particulière est portée au tri de laine. Des formations sont régulièrement organisées afin d’améliorer au maximum cette étape indispensable à la valorisation.

Quel sens ça a pour vous de valoriser les laines locales / vos laines ?

Il était difficile pour les éleveurs de voir partir leur laine chez des négociants à l’autre bout de la planète dans des parcours de transformation très opaques et non éthiques. Cela n’avait pas de sens dans la vision qu’ils avaient de leur métier. Se regrouper pour valoriser eux même leur laine a été très vite une solution afin de répartir la charge de travail et d’accéder à des volumes minimums de transformation (la filature demande un minimum de 250kg de laine lavée). S’associer permet également de proposer une diversité de produits issus des différentes races de brebis du groupement (pour la Sariette).

Tonte

Qu’est-ce qu’implique la valorisation des laines locales dans les modes d’élevage ?

Pour les deux associations, la démarche est similaire. Chaque éleveur essaie d’améliorer la qualité de sa laine en sélectionnant soigneusement les reproducteurs en fonction de la longueur de leur laine ou de la douceur. Malgré toute l’attention portée sur la sélection des bêtes, la laine reste une matière vivante dont la qualité peut être variable selon les conditions climatiques de l’année. Les éleveuses sont également vigilantes sur la conduite de leurs troupeaux pour éviter le « salissement » (plantes qui s’agrippent aux fibres) des toisons en amont du tri. Cette première étape de valorisation de la laine doit être faite dans de bonnes conditions c’est-à-dire : une salle propre où la laine n’est pas en contact avec la paille, des bêtes rentrées en bergerie la veille.  

Les deux intervenantes mentionnent également que « la valorisation de la laine demande de prendre en compte les caractéristiques des laines des troupeaux des éleveurs en trouvant des finalités/usages adaptées ainsi que d’identifier des débouchés pour les laines les moins qualitatives».

@Marianne Thazet

Quelle sont vos liens avec les autres acteurs de la filière ?

Les intervenantes s’accordent à dire que « l’échange avec les autres acteurs de la filière est indispensable pour connaitre les contraintes de chacun et ajuster les critères de tri aux besoins des transformateurs ». Malheureusement le dialogue n’est pas nécessairement installé et c’est dans les situations d’échec que les parties prenantes échangent pour trouver des solutions. Par exemple, suite à un problème rencontré dans la fabrication du fil, les éleveuses et les industriels ont décidé de passer la laine dans une batteuse avant la carde de manière à enlever toutes les parties hexogènes (pailles, végétaux…). Le problème a ainsi été résolu.

Les éleveurs regrettent que ce travail ne soit pas fait systématiquement en amont et souhaiteraient que des rencontres professionnelles soient organisées autour de la transformation.

En termes de commercialisation : en quoi le collectif permet d’ouvrir des portes ?

Le fait de se regrouper permet d’être plus visibles. Les stands sur les marchés sont plus conséquents, plus fournis. Cela ouvre également des marchés plus importants auprès de professionnels notamment.

Est-il important que les éleveurs soient impliqués dans toutes démarches de valorisation des laines locales ?

Ce sont les éleveuses qui contribuent à la production de la matière première. Ne pas les impliquer serait une erreur. La qualité de la laine est une préoccupation au quotidien, c’est un travail à l’année, une vigilance permanente dans le métier d’éleveur. Le coût acheté par les négociants n’est pas du tout représentatif du travail que cela représente. « En valorisant le prix de la laine, c’est le travail de l’éleveur qui est valorisé » mentionne justement Jennifer. Il est primordial de donner la parole à ces personnes qui sont à l’origine de la matière première, « pouvoir transformer grâce au collectif nous permet de parler de notre métier, de ce que c’est que de produire de la laine. C’est valorisant pour nous » précise l’éleveuse.

* pour un confort de lecture nous avons fait le choix de ne pas écrire « éleveurs.euses » systématiquement mais d’alterner le genre afin de garder une rédaction inclusive.

Pendant ce temps à Laines Paysannes ...

La coopérative Laines Paysannes compte de nombreux.euses éleveurs.euses sans qui le projet ne pourrait voir le jour. Chaque année c’est la laine de leur troupeau que nous venons récolter et trier pour donner vie, ensuite, à de superbes créations lainées.

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